[Lettre ouverte] Le mouvement végétal a encore du souffle
Nous aimerions apporter des nuances à l’article « Le végétarisme en perte de vitesse », paru le 5 octobre dernier dans Le Devoir. Illustré par deux exemples concrets, cet article s’appuie sur une étude qui montre que la proportion de Canadiens se disant végétariens est passée de 7,7 % à 5,9 %, mais dont les conclusions tranchent avec les données de recherche et la réalité du terrain que nous observons.
Comme l’attestent le Guide alimentaire canadien et le rapport EAT-Lancet, pour ne nommer que ceux-là, les données scientifiques sont claires : les populations doivent réduire leur consommation de produits animaux afin de protéger la santé humaine ainsi que celle de la planète. L’enjeu central n’est pas tant l’abstention totale que la réduction globale.
Justement, la fin de l’article précise que de plus en plus de gens prennent part à cette réduction. C’est une très bonne nouvelle et, surtout, une occasion en or d’encourager les gens à continuer sur cette bonne voie.
Une offre florissante
L’alimentation végétale n’a rien d’une contrainte de notre point de vue. L’offre de recettes simples, nutritives et savoureuses est florissante. Les applications, livres, blogues et produits prêts à manger démocratisent le virage végétal. Si certaines personnes manquent d’inspiration, le problème provient davantage d’un manque d’éducation culinaire et nutritionnelle.
L’accent souvent mis sur les produits végétaux ultratransformés peut nourrir la confusion et freiner leur adoption. Or, non seulement de plus en plus d’options végétales sont préparées avec des ingrédients sains (pois, lentilles, tofu, betterave, grains entiers, etc.), mais il nous paraît essentiel de rappeler qu’un morceau de viande n’est pas forcément plus sain parce qu’il contient un seul ingrédient.
Au-delà du nombre d’ingrédients, la valeur nutritionnelle dépend avant tout de la qualité de ceux-ci ainsi que des effets concrets que l’on peut observer sur la santé. Des études scientifiques sérieuses démontrent que remplacer un burger de viande rouge par un produit végétal, même considéré comme « ultratransformé », tel que Beyond Meat, s’accompagne d’une réduction du risque cardiovasculaire.
Un changement collectif
L’un des témoins affirme qu’« être végé, c’est une goutte d’eau dans l’océan ». Pourtant, comme le rappelait Margaret Mead, « ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes puisse changer le monde ; en fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé ».
Tout comme il n’y a pas d’océan sans gouttes ni d’élection sans votes, chaque choix alimentaire individuel contribue à un changement collectif. Si chaque personne au Québec fait un petit effort pour modifier ses habitudes, l’effet collectif pèse dans les marchés et dans les politiques alimentaires.
Même si le nombre de personnes entièrement végétariennes semble diminuer au Canada, la consommation de viande est en baisse et celle des repas à base de végétaux est en hausse. On devrait donc se réjouir du progrès que l’on constate au lieu d’insister sur une « perte de vitesse » du végétarisme.
Rappelons que ce sont les mêmes motivations — santé, environnement, éthique animale — qui orientent les habitudes des végétariens et d’un nombre grandissant de gens qui participent comme ils le peuvent aux efforts de réduction qui s’imposent, y compris les ex-végétariens.
Ce que nous observons, c’est donc un mouvement végétal qui ne s’essouffle pas, mais qui mûrit, s’enracine et se diversifie dans une société plus consciente de ses choix. En dépit des défis d’un changement de paradigme alimentaire, le message scientifique fait son chemin dans l’esprit collectif : réduire la viande au profit d’aliments végétaux — légumineuses, grains entiers, noix et graines, fruits et légumes — demeure un choix gagnant pour la santé et pour la planète.
Plutôt que d’un déclin, il s’agit d’une évolution à célébrer.